L’éveil des mains : comprendre les grandes étapes de la motricité fine chez l’enfant.

Comprendre le développement et appréhender le rythme développemental :

Le développement de l’enfant peut être abordé comme les différents changements ou transformations dans le fonctionnement. On y associe deux phénomènes fondamentaux: la croissance et la maturation biologique.

Le développement apparaît donc comme un processus naturel et progressif, bien qu’il soit influencé par des facteurs exogènes (extérieurs à l’individu comme l’environnement matériel et/ou relationnel).

C’est ainsi qu’on peut distinguer étroitement le développement de l’apprentissage.

L’apprentissage lui fait référence à un processus d’acquisition bien plus dépendant des expériences, des essais/erreurs ou encore de l’éducation.

Par exemple, un enfant va développer sa motricité fine, une capacité, progressivement en suivant le rythme naturel biologique mais va apprendre l’écriture, une compétence, par le biais d’enseignement formel.

Bien que le développement soit un processus naturel, il peut être freiné par certains facteurs. Selon le degré ou encore l’intensité, le développement doit bien évidemment être soutenu et stimulé mais il est bon de rappeler qu’un écart dans le développement n’est pas préoccupant et encore moins pathologique.

De plus, chez un même individu, le développement n’est pas homogène dans sa progression. Nous pouvons observer des progressions rapides, des stagnations et parfois même des régressions.

Par exemple, un enfant utilise dans un premier temps une prise bimanuelle, car ses gestes encore peu précis nécessitent l’appui des deux mains. Avec la maturation et l’amélioration du contrôle moteur, il commence progressivement à saisir et manipuler des objets avec une seule main. Ce n’est qu’ensuite, lorsque la coordination entre les deux côtés du corps devient plus fine, qu’il revient à une utilisation bimanuelle, cette fois

non pas par nécessité mais pour des actions plus complexes et coordonnées.

Cette hétérogénéité se retrouve aussi dans les différents domaines du développement, un individu peut développer son langage précocement et marcher de manière plus tardive, ou inversement sans pourtant présenter un retard de développement ou un développement atypique.

Observation, oui ! Comparaison, non !

Aux apparences complexes, le développement a été au centre de plusieurs interrogations. Différents auteurs s’y sont ainsi attardés et ont formé leurs théories. Une vision majeure de l’approche développementale est la constructiviste. Une théorie qui a posé la notion de stades de développement et ainsi contribué à la théorisation des grilles d’observation. En effet, bien que les variabilités typiques soient à prendre en compte, il existe certains repères développementaux concernant le développement global de l’enfant. Ces derniers sont présentés par des moyennes d’âge d'apparition des acquisitions et englobent une disparité.

Intéressons-nous aujourd’hui au développement de la motricité fine, soit l’ensemble des mouvements précis, coordonnés et contrôlés des mains et des doigts qu’on va mobiliser dans le but d’accomplir un geste volontaire. Un domaine large qui comprend différentes compétences dont l’approche, le transport, la préhension, soit l’action de tenir, maintenir, manipuler et relâcher volontairement des objets. Mais aussi l’acquisition de différentes prises jusqu’à celle caractérisée de mature.

Voyons maintenant comment ces compétences se déploient concrètement au fil des mois.

Le développement de l’approche :

- 3-5 mois : Premières tentatives d’approche volontaire (vers un objet en mouvement) avec un geste saccadé, imprécis et sans freinage ajusté grâce aux prémices de la coordination oculo-manuelle.

- 8-9 mois : Approche directe de l’objet.

- 12 mois : Approche bimanuelle affinée mais encore mal contrôlée.

Le développement des prises (dépendantes des objets à saisir) :

- 2-7 mois : Prise cubito-palmaire globale (prise globale où l’objet est maintenu contre la paume, essentiellement du côté du petit doigt).

- 5-8 mois : Prise digito-palmaire (l’objet est tenu dans la paume, mais cette fois avec l’ensemble des doigts, sans participation du pouce).

- 7-14 mois : Prise radio-digitale (l’objet est tenu entre les doigts et le pouce, ce qui rapproche progressivement la saisie d’une forme de pince).

- 9-12 mois : Pince supérieure (l’objet est saisi précisément entre le pouce et l’index, permettant des manipulations fines et ciblées.)

- 15-18 mois : amélioration nette dans la précision du geste et dans la finesse du relâchement.

Le développement des manipulations :

- 0-3 mois : Saisie de l’objet et portage à la bouche mais pas de déplacement de l’objet.

- 6-9 mois : L’enfant porte tout ce qu’il attrape à la bouche.

- 4-10 mois : L’enfant secoue et/ou frappe l’objet qu’il tient de manière rythmique. Il peut aussi varier les mouvements de doigts et de mains avec l’objet.

- 10-12 mois : L’enfant utilise ses 2 mains.

- 2-3 ans : Amélioration nette de la manipulation.

- 2-5 ans : Préférence dans la latéralité (main préférée qui va faire l’action et l’autre qui va imiter/soutenir ou compléter).

L’ensemble de ces repères ne constitue pas une norme rigide, mais bien une grille d’observation permettant de mieux comprendre l’évolution de la motricité fine. Ils nous offrent des points d’appui pour soutenir le développement de l’enfant, encourager ses explorations et identifier, si nécessaire, des écarts importants ou persistants.

Ce cadre permet surtout de respecter le rythme propre à chaque enfant, en tenant compte de la diversité des trajectoires développementales et surtout de ses richesses.

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Psychomotricité : un tremplin pour le développement de l’enfant